Retour à la compétitivité et « Quête du Graal »

« Nous sommes tout  prés de l’objectif, mais il est nécessaire de ne pas relâcher nos efforts : il nous reste à délivrer 80 millions d’Euros afin d’atteindre le résultat que nous avons promis au marché ». Ce message transmis ce matin par email à 800 personnes clés d’un groupe international est signé directement du Chairman.

Cette façon de communiquer n’est pas une exception Il s’adresse directement à eux quand il le juge nécessaire et transgresse sans état d’âme la logique des niveaux hiérarchiques à travers ce que l’on dénomme « les réseaux de management « .

Managers ou non, ils font tous parti du réseau interne des « costs Killers »,  « MPP Buyers » « Cash generators » ou encore « Entrepreneurs ». Impliqués dans les batailles « Spring », « Tiger » ou autres programmes de retour à la compétitivité , ils font parti de la nouvelle race des chevaliers  des entreprises globales. En cas de victoire, les terres qui leurs seront données par le suzerain s’appellent « spot awards », « corporate incentives program » ou autre Bonus.

Cette entreprise, comme toutes celles du même secteur d’activité, sait que son salut est dans sa capacité de réactivité à saisir les opportunités et à s’appuyer sur des structures organisationnelles souples qui peuvent être modifiées à tout moment. Ainsi, une cellule support composée « d’experts » est crée dans cette strategic business unit afin d’accompagner un important programme de Changement. Ces experts se déploieront par la suite sur l’ensemble des unités industrielles de cette entité,  impliqués dans cette croisade il devront faire face aux résistances des «  sceptiques », « opposants » ou « faux facilitant ».

Dans les organisations précédentes, ils auraient pu trouver parfois devant eux des seigneurs locaux ayant les faces de Janus, le Dieu aux 2 visages ; celui tourné vers le siège de la « Company », et celui tourné vers ses propres sujets en interne. Ces 2 visages, ce seigneur local a su en user avec intelligence.Lors des visites « des gens du Siège » ce visage était celui du vassal, l’homme impliqué, soucieux de l’amélioration des indicateurs de performances du site. Il n’hésitait d’ailleurs pas à  montrer un organigramme indiquant le rattachement  direct du « project leader » à lui-même. Puis, une fois partis, le visage redevenait celui qu’il avait toujours été « il ne peut avoir plusieurs coqs dans une basse cour ».

Ce risque là, le management des entreprises internationales ne veut plus le prendre : les guerriers experts demeurent maintenant dans l’usine, ils assiègent les Paiens, s’infiltrent chez eux. Ils ont en charge des projets Lean Manufacturing » « SAP », animent les revues de projets et sont directement rattachés au « Steering comitee » ou patron de business.Les membres de comités de Direction de business units, pareils aux chevaliers de la table ronde se réunissent régulièrement en utilisant une langue d’initiés « key process indicators », « PPM », « operating results ». L’homme qualité leur parle régulièrement  du Graal à travers la présentation de « benchmarks ». Il a été aperçu récemment enfermé dans une citadelle, bien défendu par le meilleur compétiteur du marché.

Ils ont tous pris l’engagement solennel lors de la « Budget review » d’atteindre l’objectif, quitte à y perdre leur vie (professionnelle j’entends).

Philippe Capblancq

 

par Philippe Capblancq le 28 décembre 2012

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

captcha

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>